Ma démarche
Le sens de
mon travail est de faire ressurgir l’essentiel, il n’est
jamais illustratif. Mes photos dépendent uniquement de la rencontre
et de ma lumière. Je travaille dans le mouvement et je n’utilise
pas de viseur. Il n’y a pas d’intermédiaire entre
mon regard et le sujet. Je suis mon propre viseur. Comment peut-on photographier
en fermant un œil et en lorgnant par un trou de serrure ? Pour
moi, un appareil photo n’est pas un fusil à lunette. Être
présent, regarder directement est une façon d’échapper
au voyeurisme.
Je travaille en 6 x 6 cm. Je développe moi-même mes rouleaux
et tire le tout en épreuves de travail ; ensuite, j’opère
une sélection de l’ordre d’une photographie sur trente
ou quarante et constitue la série sur laquelle je vais travailler.
Commence alors un très long travail. A titre d’exemple,
le tirage d’un grand format avec tout ce que cela représente
d’essais et de dessins et de découpages des caches, demande
un minimum de 12 heures de travail.
Mes agrandissements sont uniques, d’un format proche de 1,30 x
1,50 m. Uniques non pas par refus de la duplication, mais par la nature
de mon travail. En effet, pour chaque photographie, je dessine une série
de caches et module les temps d’exposition; si une photographie
peut être voisine, elle ne sera jamais identique, d’où
l’unicité et le fait que mon œuvre relève de
l’art plastique autant que de la photographie. Je dois toujours
trouver ce noir qui éclaire, qui donne un sens au drame. La lumière
est dans l’acte qui t’emmène au noir le plus profond.
Touhami Ennadre